L'exigence élève, la pression écrase, et nous passons notre temps à les confondre.
C'est un mot que tout le monde revendique et que presque personne ne définit. L'entraîneur qui crie est « exigeant ». Celui qui ne dit rien et laisse faire est « bienveillant ». Entre ces deux caricatures, il y a tout le métier. Et il y a une question que chaque entraîneur, chaque enseignant, chaque parent se pose un jour sans toujours oser la formuler : jusqu'où puis-je demander, et à partir de quand est-ce que j'abîme ?
La confusion vient de ce qu'on a transformé l'exigence en intensité. Plus fort, plus dur, plus tôt. Alors que l'exigence n'est pas une quantité de pression : c'est une qualité d'attention. Ce n'est pas demander plus, c'est refuser l'à-peu-près, chez l'autre comme chez soi.
Cet article propose de reprendre le mot à la racine, de regarder ce que notre époque en a fait, ce que la recherche dit du moment où l'exigence se retourne contre l'athlète, et ce qui distingue, dans la pratique, l'entraîneur qui élève de celui qui étouffe.
Ce que dit la racine
Exiger vient du latin exigere, formé de ex (hors de) et agere (mettre en mouvement, pousser devant soi, mener, faire). Le même agere qui a donné agir, action, agent. Exiger, littéralement, c'est pousser dehors. Faire sortir.
Mais le verbe latin a dérivé vers deux sens qui en disent long, et qui sont précisément ceux qui manquent à l'usage courant du mot.
Le premier : mener à terme, achever. Exigere opus, c'est finir l'ouvrage. L'exigence n'est pas dans l'intention ni dans l'effort consenti, elle est dans l'achèvement. Ce qui est exigé, c'est que la chose soit menée jusqu'au bout, pas qu'on s'y soit beaucoup fatigué. Un entraînement harassant mais bâclé n'a rien d'exigeant.
Le second : peser, mesurer, vérifier. De exigere vient le participe exactus, qui nous donne exact. Et aussi exiguus, « strictement mesuré », qui nous donne exigu. Exigence et exactitude sont le même mot. L'exigeant est d'abord celui qui regarde de près, qui mesure, qui ne se paie pas de mots. Pas celui qui hausse le ton.
Trois gestes, donc, dans une seule racine : faire sortir ce qui est à l'intérieur, mener jusqu'au bout, mesurer avec justesse. Aucun des trois ne contient l'idée de contrainte subie. Exiger, au sens plein, c'est tirer de quelqu'un ce qu'il a déjà, et qu'il ne sortira pas tout seul.
C'est là que se joue la différence avec la pression. La pression vient de l'extérieur et pousse vers l'intérieur : elle comprime. L'exigence va chercher à l'intérieur et tire vers l'extérieur : elle extrait. Même énergie, sens opposé.
L'exigence ne doit écraser personne. Elle doit élever. Ce n'est pas une précaution morale ajoutée après coup : c'est ce que le mot veut dire.

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