Pablo accompagne des sportifs dans des mondes qui n'ont rien à voir : l'équipe de France de ski télémark, le handball professionnel, le karaté kata, le wingfoil, un soliste de l'Opéra de Paris et même les mécaniciens de Peugeot Sport en endurance. Le fil rouge de cet épisode : comment un entraineur construit son identité, s'approprie ses outils et rend ses sportifs autonomes, au point de chercher à devenir inutile.
L'invité
Pablo Hammouche est préparateur physique de haut niveau depuis 12 ans, et forme lui-même entraineurs et préparateurs physiques. Passé par des études littéraires puis par le basket, jusqu'aux États-Unis, il devient d'abord entraineur de basket diplômé avant de bifurquer vers la préparation physique : le versant de l'entrainement où il se sent artisan, à comprendre la contrainte, choisir l'outil et sculpter la séance.
Connu et reconnu pour sa maîtrise du kettlebell et de l'haltérophilie, il travaille aujourd'hui avec le télémark, le handball professionnel féminin à Chambéry, le karaté, le wingfoil, la danse et les mécaniciens de Peugeot Sport en championnat du monde d'endurance, sacrés champions des pit stops.
Les grands thèmes abordés
- Le préparateur physique comme guide : transmettre une vision, puis réussir à se rendre inutile parce que les sportifs sont devenus autonomes
- Construire son identité de coach : la citation au tableau chaque semaine, tenir son cadre jusqu'à ce que le groupe se l'approprie
- Apprendre les règles avant de les détourner : deux ans d'haltérophilie en club avant d'adapter l'arraché à ses handballeuses
- Il n'y a pas de game changer : les « révolutions » des réseaux existent souvent depuis 50 ans, c'est le cheminement qui compte
- La science au haut niveau : utile pour écarter les mauvaises pistes, mais construite sur des moyennes dont les athlètes d'élite sont exclus. La porte d'entrée de Pablo reste le terrain et la sensation
- Choisir l'outil selon la contrainte : un tournevis ne sert à rien face à un clou. Kettlebell, landmine ou haltérophilie ne sont que des réponses à un besoin identifié
- Repartir de zéro chaque saison : l'exemple de Fabrice Pellerin, qui jette ses cahiers d'entrainement en fin de saison
- Aborder une nouvelle discipline : l'analyse de la tâche, que Pablo « poétise » en une phrase (le télémark, essence du ski ; le handball, rugby d'intérieur ; le kata, un combat exécuté sans adversaire)
- Le socle commun à tous ses sportifs : générer de la tension, maîtriser ses appuis et se rendre indéformable quand la situation l'exige
- « Un exercice, c'est un mouvement avec une histoire » : les mêmes mouvements, des consignes différentes, du télémark au karaté
- L'impact réel du préparateur physique : construire la performance sur le long terme, ne pas la freiner sur le court terme
Lexique
- Analyse de la tâche : décortiquer une discipline (contraintes, appuis, vitesses, environnement) pour en déduire ce que l'entrainement doit développer. Le point de départ de Pablo à chaque nouveau sport.
- Transfert : capacité d'une qualité développée à l'entrainement à se retrouver dans le geste de compétition.
- Kettlebell : poids en fonte muni d'une poignée, qui permet des mouvements balistiques et une grande variabilité d'entrainement. L'un des outils de prédilection de Pablo.
- Landmine : barre dont une extrémité pivote au sol : elle rend le travail de force réellement tridimensionnel.
- Pallof press : exercice anti-rotation à l'élastique ou à la poulie, que Pablo décline en vertical, en diagonale, en unilatéral ou avec oscillation.
- Déséquilibre (vs instabilité) : Pablo crée du déséquilibre que l'athlète apprend à rééquilibrer, plutôt que de l'instabilité subie. Le sport est du mouvement, donc du déséquilibre.
- Indéformabilité : capacité à maintenir sa structure (tronc, bassin, appuis) sous la contrainte : un plaquage, un virage à haute vitesse, une réception de saut.
- CMJ (counter movement jump) : saut vertical précédé d'un contre-mouvement, test standard de la puissance des membres inférieurs.